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Les expats à Bruxelles : des dépressifs en puissance ?

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Charline Cauchie

Bruxelles

Par Charline Cauchie Une étude inquiétante a été publiée récemment : un Européen sur trois souffre de maladies mentales ou neurologiques, qu’elles soient légères mais hautement perturbantes telle l’insomnie ou clairement dangereuses pour soi et son entourage comme la démence.

Ce chiffre fait peur et il nous incite à se poser une question : certaines catégories socio-professionnelles sont-elles plus exposées que d’autres à ce type de maladies ? A Bruxelles, les employés des institutions européennes ont cette réputation d’être les victimes du stress et d’addictions diverses. Rumeur ou réalité ? Le témoignage anonyme d’une employée semble venir confirmer le mythe et le tabou de l’expat’ dépressif…

Margarita* est espagnole, ca fait plus de quinze ans maintenant qu’elle vit en Belgique. Elle y est venue pour étudier et a finalement décidé d’y rester pour se marier ! Travailler au sein des institutions européennes à Bruxelles n’était donc pas sa priorité mais elle a passé le concours et cela a fonctionné. Elle a travaillé dans la même DG pendant plusieurs années jusqu’à, il y a trois ans, lorsqu’on l’a changée de division : « Il y a une importante politique de mobilité au sein de la Commission qui fait que, tous les sept ans plus ou moins, on te change de secteur. » Margarita s’est donc retrouvée dans une nouvelle DG avec de nouveaux supérieurs et collègues, et, surtout, de nouvelles responsabilités : « C’est à ce moment-là que j’ai eu un burn-out. Ça a commencé par des insomnies, je n’arrivais pas à dormir à cause du stress. Mon nouveau poste me demandait beaucoup de responsabilités, notamment financières, et je ne me sentais pas prête pour ça. Je dormais mal, je mangeais mal. Je croyais que je n’allais pas pouvoir y arriver. »

« J’avais le sentiment de ne pas être à la hauteur »

Parmi ses nouveaux collègues, Margarita ne se sent pas entourée, ni soutenue : personne pour lui expliquer ses nouvelles fonctions, elle se sent comme balancée dans une arène où elle doit faire ses preuves au plus vite. Elle est perfectionniste, veut faire son travail correctement sans pour autant délaisser sa famille et ses enfants en bas-âge à l’époque : « J’ai toujours été très douée pour les études et, à la Commission, j’ai essayé aussi d’être parmi les meilleurs. Le problème c’est que, là-bas, il est plus difficile d’être « le meilleur entre les meilleurs » donc, peut-être qu’au début j’étais un peu carriériste mais j’ai beaucoup changé. J’ai pris conscience que le chemin que j’avais parcouru me satisfaisait et que j’étais très attachée à ma vie familiale. »

« Certains prennent leur travail de façon trop cool, mais d’autres le prennent très au sérieux et quand tu as un caractère comme ça, il y a un risque de tomber en dépression »

Depuis, Margarita s’est rendue compte que de nombreuses femmes avaient vécu un dilemme similaire : « beaucoup de mes collègues féminins mettent leur carrière entre parenthèses pendant quelques années, c’est très difficile de gérer les deux. » Elle a mis du temps avant de nommer le mal dont elle a été victime car cela reste un tabou dans le milieu professionnel : « Je voyais tout en noir, et ce n’était pas évident de gérer cela. Tu entends dire autour de toi qu’il y a beaucoup de gens qui subissent une dépression ou des problèmes d’anxiété ou d’addiction à l’alcool, par exemple. Mais contrairement à une maladie comme le cancer personne n’ose en parler. » Rares en effet sont ceux qui, au boulot, font étalage de leurs problèmes de santé mentale : « Ce n’est pas comme une jambe cassée, ça ne se voit pas forcément et, moi aussi, j’ai essayé de le cacher. »

« Je ne dois pas me plaindre : quand j’ai demandé un psychologue à la Commission, j’ai pu le voir »

Après un mois d’arrêt maladie, des visites chez le psychiatre et des séances de sophrologie, Margarita est revenue travailler et difficile d’expliquer à ses collègues ce qu’il lui été arrivé. Elle a tout de même fini par en parler à certains de ses supérieurs qui se sont montré très compréhensifs : « J’ai expliqué que je voulais prendre un travail à temps partiel (80%), ça a été bien accepté mais, en fait, je devais abattre la même quantité de travail en moins de temps. » Elle s’est également tournée vers le service médico-social de la Commission (à sa connaissance, un seul psychiatre pour des centaines d’employés). On lui a répondu qu’à la Commission, aucune structure n’était en place pour aider les personnes victimes de dépression : « Ce n’est pas comme les alcooliques anonymes, il n’y a pas de réseaux auxquels tu peux t’adresser, pas de groupes à qui tu peux parler. C’est vraiment dommage. »

« On devrait être plus préparé et avoir un cours de gestion du stress au travail. Cela existe mais il n’y en a pas assez »

Même si le pire est désormais derrière, on ne sort pas indemne d’une dépression et on en garde longtemps les traces. Plus de trois ans après son « burn-out », Margarita n’a toujours pas arrêté certains médicaments contre l’insomnie et, au boulot, elle se sent toujours fragilisée : « je n’ai plus la même capacité à supporter le stress. » A toutes les personnes qui seraient dans son cas, la jeune femme aurait envie de dire : « Entourez-vous et parlez-en ! Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire mais il ne faut pas se laisser « bouffer » par le travail. Il faut savoir garder une vie équilibrée et, si vous êtes loin de votre famille, reconstituer ici des cercles d’amitié et de confiance. » Aujourd’hui, Margarita se sent beaucoup plus stable, ses enfants ont grandi et puis, elle s’est mise à la guitare, un vieux rêve d’adolescente. D’ici trois au quatre ans, on devrait la changer à nouveau de secteur et lui attribuer de nouvelles fonctions mais, à présent, elle se sent plus préparée à gérer ce changement.

La jeune femme préférant garder l’anonymat, il s’agit d’un prénom d’emprunt

(Photo (cc)TimmyGUNZ/flickr)

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Translated from Expats in Brüssel: potentiell depressionsgefährdet?