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Yves Leterme : et de trois !

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Politique

Le premier ministre belge, Yves Leterme (Chrétiens-démocrates, CDV), jette une nouvelle fois l’éponge, après que son parti lui a retiré son soutien pour la réforme de l’Etat. Sa démission à peine remise, le roi Albert II la refuse et prolonge son mandat. Mais que se passe-t-il en Belgique ?

C’est la troisième fois en un an que le premier ministre belge, Yves Leterme, quitte volontairement ses fonctions… pour aussitôt les reprendre !

Le 23 août 2007, deux mois après sa victoire aux élections législatives, il démissionne après son échec dans la formation d’un gouvernement de coalition, faute de consensus entre Flamands et francophones sur le dossier de la réforme de l’Etat. Tout cela pour revenir le 29 septembre 2007 à la demande expresse du roi Albert II. Ses tentatives de compromis volent en éclat le 7 novembre, quand pour la première fois, les Flamands rompent la tradition de consensus sur les questions communautaires en votant une résolution privant les francophones vivant en Flandres de certains droits.

Après une période de gouvernement intérimaire assuré par Guy Verhofstadt, l’ancien premier ministre, Yves Leterme redevient officiellement premier ministre le 20 mars 2008. Quelques semaines avant, un accord entre Flamands et Wallons sur une réforme à minima de l’Etat était conclue. Les questions sensibles ont été écartées, mais un second paquet de réforme doit être présenté avant la mi-juillet.

« Relancer le dialogue institutionnel »

Et c’est justement ce second paquet de réforme qui mettra encore une fois le leader chrétiens-démocrates flamand sur la sellette. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, il présente sa troisième démission officielle au roi. Ca en deviendrait presque banal.

Au cœur du problème : le cartel CDV/NVA – une alliance entre chrétiens-démocrates flamands et les nationalistes – vient de lui retirer son soutien sur le projet de réforme de l’Etat supposé accorder plus d’autonomie à la Flandres.

Le 17 juillet, après quelques jours de réflexion, le roi refuse cette démission et confirme le premier ministre dans ses fonctions. Avec toutefois une petite nuance : il lui adjoint une sorte de comité des sages composé de trois membres, dont deux francophones. Leur objectif : relancer « le dialogue institutionnel de manière crédible ». Problème : les Flamands sont sous-représentés dans cette nouvelle formation et les nationalistes, dont le NVA, crient au scandale.

Schisme national

Garde Royale belge devant le Palais Royal à Bruxelles. La Monarchie, dernier rempart de l'unité belge ? / Photo: JLA Kliché-FlickrLa Belgique se trouve donc dans une situation inextricable, un bourbier qui trouve en partie ses origines dans une architecture institutionnelle originale, pour ne pas dire hasardeuse. En effet, depuis l’abolition de l’Etat unitaire en Belgique, trois niveaux institutionnels (Etat fédéral, région, communauté) aux relations complexes se superposent.

A cela s’ajoutent des statuts spéciaux, comme les communes à facilités ou encore celui de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Dans cette partie de la Belgique, qui enjambe la frontière entre les régions flamande et wallonne tracée dans les années 1960, les francophones jouissent de droits spéciaux, comme la possibilité de voter pour les listes communes emmenées par les partis francophones ou d’être jugés en français. Tandis que les Flamands voient la scission de cet arrondissement comme le seul préalable à une possible reprise des tractations, les francophones s’y accrochent tant bien que mal.

Et entre hommes politiques flamands et wallons, deux conceptions du pays s’opposent. Les Flamands voudraient plus d’autonomie, de confédéralisme, pour ne pas dire d’indépendance. Les Wallons, eux, restent attachés à l’unité nationale, à l’Etat fédéral. Les raisons de ce schisme sont multiples. Sont souvent avancées des raisons socio-économiques. Si la Wallonie souffre de graves difficultés économiques liées au mouvement de désindustrialisation, la Flandre prospère et rechigne de plus en plus à effectuer des transferts d’argent. Se rajoute un courant nationaliste et identitaire flamand très dynamique. Le Vlaams Belang, parti d’extrême droite flamand réalise près de 30% dans des villes comme Anvers.

Pourtant, selon les sondages, la population belge semble se désintéresser de la question, plus préoccupée par des difficultés du quotidien, comme les problèmes de pouvoir d’achat.