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Viktor Orban, le croque-mort de Budapest

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Nader Eid

BruxellesPolitique

Peine de mort : voilà trois mots qui ont fait couler beaucoup d’encre et incendié d’innombrables débats. Ainsi, même dans les plus hautes sphères de la politique européenne nous retrouvons des divergences d’opinions et ce, en commençant par Viktor Orban, premier ministre Hongrois.

En Europe, la Biélorussie est bien seule, enfin presque...

La situation en Europe ne va pas vous étonner : la quasi-totalité des pays européens ont aboli la peine de mort. Il y a cependant une exception à la règle : la Biélorussie. En effet, ce pays non-membre de l’UE et gouverné par Alexandre Loukachenko, un des derniers dictateurs européens (oui, ça existe encore pas loin de chez nous), autorise toujours la peine de mort.

Celle-ci est toujours en vigueur et est exécutée d’une manière qui la rend encore plus atroce : un panel de trois personnes (un juge et deux jurés) délibèrent et approuvent la condamnation à mort. Par la suite, le président rejette l’attribution d’une éventuelle grâce politique et à cet instant précis, le condamné s’agenouille et est tué d’une balle dans la nuque. Il s’agit donc d’une peine de mort « surprise » psychologiquement intenable pour le condamné et ses proches.

Il est aussi utile de rappeler la position de la Russie sur la peine de mort. Officiellement, la Russie ne l'a pas abolie. Cependant, un moratoire suspend son application depuis 1996, date de l’entrée du pays au Conseil de l’Europe. Le choix d’un moratoire au lieu d’une abolition pure et simple peut s’expliquer par le fait que celle-ci reste populaire auprès de la population russe. En 2014, selon une étude menée par le centre de recherche russe Levada, 52% des sondés étaient favorables au retour de la peine capitale. 

La Chine, championne du monde

En revanche, la situation mondiale est bien plus préoccupante. Selon Amnesty International, 140 pays ont aboli la peine de mort alors que 58 États la maintiennent encore. Cela peut paraître peu, mais ce n’est qu’une illusion car ces 58 pays représentent pas moins des deux tiers de la population mondiale.

Selon le rapport d’Amnesty International, 5 pays arrivent en tête du classement peu enviable des pays ayant exécuté le plus de prisonniers en 2014 : les État-Unis (35), l’Irak (61 ou +), l’Arabie Saoudite, (90 ou +), l’Iran (289 ou +) et la Chine (1000 ou +). Il s’agit là de chiffres à minima car les pays en questions sont très peu enclins à communiquer leurs chiffres en la matière et beaucoup de zones d’ombres existent. Et cela est encore plus vrai lorsqu’on parle de la Chine car son gouvernement ne publie aucun chiffre officiel et en fait même un secret d’État

Après la Biélorussie, au tour de la Hongrie ?

En préambule, il est important de signaler que la situation de la Hongrie, pays membre de l’Union européenne, est radicalement différente de celle de la Biélorussie, pays non-membre de l’UE. En ayant signé la charte des droits fondamentaux de l’UE, la Hongrie s’est engagée à respecter l’article 2 qui déclare : « Toute personne à droit à la vie. Nul ne peut-être condamné à la peine de mort ou exécuté ».  Cela n’a pas empêché Viktor Orban, premier ministre hongrois, de remettre le débat sur la table. En effet, ce dernier a récemment déclaré qu’il réfléchissait à la réintroduction de la peine de mort dans son pays et ce suite au meurtre d’une employée de magasin dans la commune de Kaposvar, à 185 kilomètres au sud-ouest de Budapest. Ces déclarations ont bien entendu créé un tollé général en Europe et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, n’a pas tardé à réagir en déclarant qu’une bataille s’enclencherait si d’aventure la Hongrie réhabilitait la peine de mort. Depuis lors, Orban s’est rétracté tout en proposant une consultation publique questionnant les Hongrois sur la politique d’immigration de l’UE, signe d’une certaine radicalisation du discours du premier ministre hongrois. Ce dernier a d’ailleurs remis le couvert en déclarant qu’il croit profondément en la peine de mort et que l’UE se devait d’accepter tout type de débat en tant que défenseur de la démocratie. Cela a incité Jean-Claude Juncker à accueillir Viktor Orban par un « Salut dictateur ! » à l'occasion du sommet de Riga. Ambiance...

Il serait cependant intéressant de se demander si la Hongrie a le droit de rétablir la peine capitale. En théorie, oui. En pratique, c’est plus compliqué car si elle désire le faire, il lui faudra d’abord quitter l’Union européenne. De plus, la constitution hongroise, bien que largement remaniée par Viktor Orban et son parti en 2012, ne le permettrait pas car elle précise que « la dignité de l’Homme repose sur sa vie humaine ».

En outre, si la Hongrie décidait de réhabiliter la peine de mort, les risques seraient importants. En effet, selon l’article 7 du traité sur l’Union européenne : « le Conseil (…) peut décider de suspendre certains des droits découlant de l'application des traités à l'État membre en question, y compris les droits de vote du représentant du gouvernement de cet État membre au sein du Conseil ». Il s’agirait donc ici de suspendre le droit de votes des 7 députés hongrois présent au Conseil de l’Europe. Et si la Hongrie persistait à conserver la peine de mort après l’avoir réhabilitée, le Conseil pourrait décider d’exclure purement et simplement le pays de son assemblée.

En prenant en compte tous ces éléments, il y a fort à parier que la Hongrie et Viktor Orban feront marche arrière, le jeu n’en valant pas forcément la chandelle. 

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