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Vacances universitaires au Guatemala

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Default profile picture Roch Hannecart

Un billet d’avion, quelques mots d’espagnol et une grosse envie de voyage en poche, une étudiante allemande est partie trois mois au Guatemala pour faire du bénévolat. Son carnet de voyage en images.

Après une douzaine de travaux, plusieurs jobs d’assistante scientifique et sept semestres en science de la musique dans des salles suffocantes, l’heure de ma libération a sonné avec l’arrivée de l’hiver : je pouvais enfin présenter mes examens finaux ! Mais avant cela et sans délai, il fallait s’échapper. C’est par hasard que j’ai entendu parler d’une communauté de croyants, de l’Institut St. Bonifatius, qui envoie régulièrement des jeunes (pas uniquement catholiques) pour faire du bénévolat dans seize pays européens, au Rwanda, en République démocratique du Congo ainsi qu’au Guatemala.

©http://www.flickr.com/photos/vox_efx/

Richesse de la culture maya, 36 années de guerre civile, des enfants largement sous-alimentés, un taux d’analphabétisme d’environ 40 %, de la corruption et des attaques armées quotidiennes… Le récit de Mechthild Annegret Laumann, responsable de cette communauté, m’a paru aussi palpitant que fascinant. Situé au sud du Mexique, le Guatemala est une plaque tournante pour la drogue entre les Etats-unis et l’Amérique latine. Sans savoir ce qui m’y attendrait, j’ai alors décidé de passer mes prochaines vacances entre deux semestres universitaires au Guatemala.

©Carolin Krahn

J’ai cassé ma tirelire, payé mon billet d’avion 900 euros, et me suis fait vacciner contre l’hépatite A, le tétanos et la diphtérie. Au Guatemala, la communauté m’offrait le gîte et le couvert. Je n’avais pas prononcé un mot d’espagnol depuis quatre ans… Sur place, j’ai passé ma première nuit au siège de la communauté à Guatemala City, qui se trouve précisément être la zone la plus dangereuse. Toutes les fenêtres y sont grillagées. A partir de 18 h, seuls sortent dans la rue les criminels ou les inconscients. Il faut se méfier des conducteurs de taxi qui se révèlent souvent être des malfaiteurs.

 ©Carolin Krahn

La maison de la communauté est grande. Il y a même un petit jardin et sa pelouse verdoyante. De l’extérieur, on ne le soupçonnerait pas… Seul un écriteau, accroché sur le mur extérieur indique : « Busca la paz y corre tras ella » (« cherche la paix et prends-la en chasse »). Bien souvent, cette maison sert de refuge pour des jeunes filles maltraitées, qui sont un jour venues pleines d’espoir, de la province à la capitale, afin d’y trouver un travail de bonne et nourrir leur famille.

Le café du petit-déjeuner, bien clair, est préparé à base des petites doses de café disponibles après exportation. Suivant les standards guatémaltèques, il doit être adouci par cinq cuillères à soupe de sucre par tasse. Vers midi, je me suis mise en route avec la sœur Rutila Hernandez, arrivée tout spécialement en jeep de la communauté. J’allais vivre dans une succursale de la communauté sur le haut-plateau oriental, auprès d’elle et de six autres sœurs. Après dix minutes de voyage à travers les routes sinueuses du Guatemala, j’ai été malade… Formidable prélude ! En me voyant, Rutila a rigolé de bon cœur.

©Carolin Krahn

Ma journée commençait à 5 h 30 et finissait à 22 h. On priait matin, midi et soir. Au fil de la journée, je tâchais d’apporter une contribution là où précisément mon aide pouvait être utile. Il s’agissait des travaux domestiques ou de l’accueil de gens qui venaient chercher une assistance. Ils avaient souvent marché des heures afin de pouvoir s’entretenir avec quelqu’un de la communauté.

 ©Carolin Krahn

Les visites hebdomadaires dans les villages de montagne les plus pauvres du Guatemala étaient particulièrement émouvantes. Souvent l’habitant nous invitait à partager son repas, cuisiné sur un feu ouvert. Compte tenu de l’accueil extrêmement chaleureux que nous réservaient ces gens, je me suis juré de ne pas faire la fine bouche au nom de mes habitudes culinaires européennes. Et d’ailleurs, étonnement, les tortillas, le riz et le frijol, des fèves noires, ne m’ont causé quasiment aucun problème. En tout état de cause, le seul fait d’être avec ces gens compensait largement.

©http://www.flickr.com/photos/vaticanus/

Parfois, avec eux, je délayais du shampoing dans des cuves, une composition de fleurs et de savon acheté grâce aux dons de la communauté. J’ai aussi fabriqué 80 bougies pascales, une activité qui a entraîné chez moi une vague de joie comme jamais je n’en avais ressentie.

 ©Carolin Krahn

Ce qui était pénible, c’était d’entendre les soucis d’une mère laissée seule avec parfois jusqu’à dix enfants affamés. La plupart d’entre eux ne vont pas à l’école et parfois leur père a été tué devant leurs yeux. Qu’est-ce que moi, jeune fille de 22 ans qui a toujours vécu du côté ensoleillé de la planète, je pouvais répondre à cela ? En gros, je pouvais juste écouter et me taire. Une fois, nous avons visité un village de montagne, dans lequel les enfants, effrayés, se sont éloignés de moi en courant. J’ai compris plus tard que plusieurs fois déjà des Blancs étaient venus et avaient tout simplement emporté des enfants avec eux…

©Carolin Krahn

Les liens de solidarité chez ces gens m’ont paru d’autant plus importants. J’ai passé la semaine sainte dans un village de montagne sans eau courante. La nuit, l’endroit où je dormais était surveillé par des pères du village. Lorsqu’ils constatèrent avec amusement que j’étais trop grande pour le lit, fabriqué de bois et de ficelles, rapidement, ils ont attaché un hamac dans leur église, dans une pièce de prière en bois, glaise et tuiles. Une famille très accueillante nous laissait prendre une douche le matin entre 5 h et 5 h 30. C’était le seul moment où de l’eau, froide comme la glace, coulait d’un petit robinet, installé entre un cheval et un couple de poules.

©Carolin Krahn

Ces gens, dont j’ai pu partager le quotidien pendant quelques semaines, voulaient toujours savoir à quelle distance se trouvait « mon pays », quelle langue on y parle et si tous les habitants y sont aussi grands que moi. Même le concept de « science de la musique » n’a laissé personne indifférent au Guatemala ; au contraire, les gens ont manifesté beaucoup d’intérêt. « Quel luxe, moi aussi je voudrais apprendre quelque chose comme ça », m’a dit Señor Lopez. Il n’avait jamais quitté Huisiltepeque, son village, ne possédait pas de chaussures et passait son temps sur une chaise pliante devant sa maison, à regarder les avions passer dans le ciel. Lorsque je passais devant lui, il m’appelait pour que je vienne un moment lui parler de ma vie, celle que je vis là-bas, loin du Guatemala.

©Carolin Krahn

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 ©Carolin Krahn

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Toilette/ ©Carolin Krahn

©Carolin Krahn

Olvido López/ ©Carolin Krahn

Translated from Semesterferien auf Guatemaltekisch