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Poings et dents serrés : Les indignés marquent des points

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Bruxelles

Par Bouzid Abider Photos de Jonathan De Brandt Dexia a pris un coup de pied à la bourse, et l'Etat belge a dû monter sur le ring et compter jusqu'à quatre milliards pour pouvoir la réanimer et la ramener de nouveau à la vie.

Les indignés sentant encore le soleil espagnol, ont saisi l’occasion au vol et se sont invités au siège central de la banque, histoire de mettre le capitalisme au pied du mur et lui lire une longue liste de chefs d’inculpation.

15102011740GG.jpgIls pensaient qu’ils pouvaient faire le pied de grue sans être inquiétés, puisque leur visite était aussi porteuse de réconfort et de soutien moral à l’adresse des employés qui risquent de payer de leurs postes, les ratés et les errements du capitalisme. Cette visite improvisée dans le salon feutré de l’ex-champion du monde du financement des collectivités locales, n'a malheureusement pas été du goût de certains policiers. Une jeune indignée, qui aurait préféré voir les dirigeants de la banque descendre de leur tour d’ivoire et se confesser, a encaissé à la place et lieu de cela, un coup de pied, bien réel celui-là, donné par un policier zélé en civil.

Aie ! Le coup de pied

Une vidéo circule sur You Tube, montrant le policier mis en cause, donner une volée de bois vert à la jeune fille, pourtant menottée. L'agent ne pourra pas nier les faits. Ses employeurs étaient d’ailleurs les premiers à s’indigner, et la sanction ne s'est pas fait attendre. Pour avoir donné un coup ne figurant dans aucun manuel de police, il écopera d’une mise à pied de plusieurs jours. L’équation est en équilibre parfait : coup de pied = mise à pied. Il sera bientôt convoqué devant un conseil de discipline de sa corporation, et peut-être, serait-il renvoyé s'il était jugé indigne de porter l'insigne de la police. Son avenir ne serait alors plus dans l'uniforme bleu, encore moins sous la tunique rouge des diables, qui ont d’autres chats à fouetter après les trois coups de massue servis par la Mannschaft.

15102011732GOOD.jpg Pour beaucoup moins que cela, la France avait fait la guerre à l'Algérie pour laver l'affront du coup de l'éventail ; lorsqu'en 1827 le Dey d'Alger avait fait le geste de gifler le consul français, sans toutefois passer à l’acte. La jeune grecque, elle, est sortie des bâtiments de la banque avec des pommettes aussi rouges que des fraises espagnoles. La pauvre ne comprenait pas toute cette violence à son égard. Elle a traversé l’Espagne et la France à pieds, et arrivée en Belgique, elle prend un coup d’un pays où elle espérait trouver un comité d’accueil. Heureusement pour elle que le médecin qui l’a examinée ne lui a pas délivré une incapacité de s’indigner d’un mois, car ses frères de combat ont encore besoin de ses coups de gueule.

Indignés et dignes

Ceci dit, ce n’est pas ce genre d’incidents qui empêcheront les indignés de dormir dans les parcs de Bruxelles, et surtout de marcher dans ses rues. Depuis qu’ils sont à Bruxelles, ils ont bravé le froid et refusé le luxe que leur proposaient les obligés du roi. Après tout, c’est un choix reconnu par tout Etat de droit. Respectons-le simplement. Il est tout à fait normal de refuser d’être logés et nourris par ceux-là mêmes avec lesquels ils sont venus en découdre. Ils veulent rester conséquents jusqu’au dernier principe. Aussi, sont-ils à ce titre à la fois dignes et indignés.

Au début de la semaine passée, ils étaient entre soixante et cent à camper sous les majestueux platanes du parc Elisabeth, et entre zéro et zéro point, à penser du bien du capitalisme. Les croisés des temps modernes n’espéraient pas retrouver le Saint Graal en gagnant Bruxelles, mais simplement remettre l’église au milieu du village. Depuis leur arrivée dans la capitale de l’Europe, les indignés espagnols, français et belges ont essayé d’occuper le terrain dans l’attente d’être rejoints par les quatrième et cinquième colonnes devant venir du Nord et de l’Est du continent.

A l’instar des marches de Rome, Lisbonne, Madrid, Paris et New York, la marche de samedi dernier a surpris par sa mobilisation. La police belge reconnait qu’elle était plus importante que ce à quoi elle s’attendait. Elle a estimé que 7000 personnes environs, ont marché (d’un pied ferme) dans les rues de Bruxelles. Cette relative réussite permet aux animateurs du mouvement de gagner leurs premiers galons, mais surtout d’entretenir la flamme de l’action sur le terrain.

La marche a été un succès

L’itinéraire tracé pour la marche a été arrêté de façon à pouvoir « profaner » certains édifices symbolisant le capitalisme arrogant. C’est le cas notamment de la bourse de Bruxelles et de quelques agences des grandes banques du pays. La première a même eu droit à un lancer de chaussures à l’irakienne ; mille en tout. Inutile d’aller chercher sur les murs, les traces des mille coups de pied, les chaussures offertes par les magasins Les petits riens, étant sèches au moment de la féria. Au prix d’une chaussure pour un point, l’indice Bel-20 retrouverait son niveau d’avant la crise, et peut être ferait-il mieux.

15102011728GGG.jpg Les banderoles qui flottaient au-dessus des têtes des marcheurs étaient unanimes sur les origines de la crise à laquelle l’Occident fait face. Banques, bourses, et gouvernements sont mis dans le même sac. Certaines banderoles faisaient le lien avec d’autres combats. « Le machisme de la dette publique est payée par le travail gratuit des femmes», pouvions-nous lire sur l’une d’entre elles. Allusion faite à la ségrégation salariale dont est victime la gente féminine. Une autre banderole prétendait que « la dette publique a un sexe ». Ah bon ! La dette, il est vrai, se conjugue au féminin, mais rien ne dit qu'elle cache un sexe derrière son service.

La marche de Bruxelles s’est déroulée dans le calme sans le moindre couac, ce qui n’était pas le cas par exemple de celle de Rome qui a connu des débordements et des violences. La police italienne faisait état de 70 blessés. Un chiffre qui nous rappelle – à une année près – une autre révolte remontant à plus de vingt siècles et demi. En l’an 71 avant notre ère, la révolte de Spartacus à la tête d’une armée d’esclaves, avait été réprimée dans le sang par Crassus et Pompée.

D'autres liens :

http://www.youtube.com/watch?v=73gtsiWu8g4&feature=player_embedded

https://picasaweb.google.com/103510802499309925902/Indignes?authuser=0&feat=directlink

http://www.lejim.info/spip/spip.php?breve1156