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La Roumanie dans un supermarché en Italie

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Société

Le premier centre commercial roumain vient d’ouvrir à Rome dans le quartier de Tiburtina où vit cette communauté. La Strada ou le projet un peu fou d'entrepreneurs roumains d’Italie. Les couloirs sont encore un peu vides… mais l’espoir commercial est à son comble. Reportage.

Le slogan « Aducen Romania mai a proape de tire ! » accueille les visiteurs à l’entrée du centre commercial La Strada. Une pancarte s’adresse aux italophones : « Nous apportons la Roumanie plus près de vous ». Chez vous ? C’est-à-dire à Rome, dans le quartier Tiburtina où vit la plus grande communauté du pays. Tandis qu’elle range les produits dans les rayons, Anna raconte qu’il n’y a pas « beaucoup de monde qui entre » : « Les premiers jours, il y avait surtout des journalistes ! Aujourd’hui, de plus en plus de personnes viennent faire leur course ici, surtout pour les produits alimentaires. Au mon avis, c’est surtout parce qu’ils apprécient de demander leur pain en roumain ! » Car dans les allées du magasin, on retrouve, comme partout, les paquets de pâtes Barilla, et les biscuits Mulino Bianco. Parmi les « Produse tradizionale romanesti », seuls quelques pickles rappellent la cuisine traditionnelle de la lointaine Bucarest.

Transfert de cash en Roumanie

« Pour moi, l’ouverture de ce centre commercial a été une chance. Je n’avais plus envie de travailler comme femme de ménage : la vie de vendeuse est bien meilleure ! », lance Anna. Deux ouvriers repartent avec du pain, de la mortadelle et une bière Peroni. « La revedere ! » Ici, la marchandise affiche le même prix que celui des autres magasins de la périphérie de Rome. Il semble étrange qu’un commerce pensé pour les Roumains ne tienne pas compte des intérêts roumains : les propriétaires des onze magasins qui viennent d’ouvrir dans ce centre commercial sont deux entrepreneurs roumains et ils auraient pu mettre un point d’honneur à n’investir que dans le « made in Romania ».

« C’est tout ? A part les pâtes napolitaines, on ne vend rien ici »

Au coin, à l’entrée du centre commercial, est exposée une vieille machine à filer. Un homme d’âge mûr l’observe curieusement et demande : « C’est tout ? Ce n’est que ça ? On m’avait fait croire que c’était énorme et qu’il y avait pleins de magasins, mais mis à part les pâtes napolitaines, on ne vend rien ici. » C’est un des nombreux Italiens à parcourir la galerie en quête de découvertes mais, comme tous, ils se retrouvent face à des commerces encore en attente d’inauguration. 

« L’inauguration aurait du avoir lieu le 12 avril », explique la filiale Smith&Smith (qui transfert des sommes d’argent de l’Italie en Roumanie). « On a besoin de temps pour se faire connaître. Vous verrez, d’ici peu, les clients viendront en masse. En Roumanie, on a besoin de cash, et les proches qui ont émigré en Italie pour y travailler doivent envoyer l’argent chez eux. Nos conditions sont avantageuses. » Pour un transfert de moins de 100 €, la commission est de 5 €. Elle est de 10 € pour un transfert de mois de 300 €, de 25 € pour un transfert de moins de 1000 €. Au-dessus de 1001 €, on applique le taux fixe de 2,5 €.

Se marier en Roumanie

A gauche du bureau des transferts, il suffit de pencher la tête à gauche pour lire l’enseigne d’un des quatre commerces déjà ouverts. Le premier est Miha Spuse, un atelier de robes de mariées confectionnées par des couturiers roumains pour des mariées roumaines. « Ce n’est pas un hasard si nous avons décidé d’ouvrir ce magasin. Nous, les Roumains, nous nous marions. Le mariage est important pour nous, ce n’est pas comme chez les Italiens. Toi, par exemple, tu es mariée ? » Les prix sont affichés en euros et convertis en nouveaux « lei » roumains. « Mieux vaut dépenser son argent ici. On y gagne. Et nous savons ce que les clients veulent », poursuit Clara. Le reste du bâtiment est encore mal éclairé : une librairie, un magasin de produits artisanaux, une pâtisserie et un bureau de crédits bancaires sont meublés et aménagés, mais toujours fermés.

« Tanar, 26 ans, 1 mètre 84, adorable et romantique, cherche une demoiselle roumaine »

La librairie est dédiée à Mihai Eminescu, le poète fondateur de la langue moderne roumaine. Depuis la vitrine, on lit surtout les dos de diverses éditions de dictionnaires roumain/italien. « Il est important de conserver notre identité et cela vaut surtout pour notre langue », explique Daniela de C&I Lines International Italia Romania, tandis qu’elle jette un coup d’œil au journal Actualitatea Romaneasca.« A côté, il y a une classe où les enfants nés en Italie et qui ne connaissent pas la langue roumaine peuvent s’inscrire. Et il y a aussi des cours d’italien pour les Roumains qui arrivent ici. Pour l’instant, il n’y a personne, mais ils viendront bientôt ! »

A la sortie du centre commercial, une certaine agitation surprend : « Des gens viennent épingler de petits papiers sur les tableaux d’affichage », raconte Mario. En dessous de l’enseigne Actualitatea Romanca, on trouve des petites annonces de vente, d’achat, de location, de travail et de mariage. Un jeune pas très sûr de lui s’approche pour afficher la sienne : « Tanar, 26 ani, 1.84 dragut, romantic, doresc relative cu o fata romanca... »Tanar, 26 ans, 1 mètre 84, adorable et romantique, cherche une demoiselle roumaine »). Il s’éloigne puis fait demi-tour, sort un stylo bille de sa poche et ajoute : « De asemenea italiana ». « Et aussi italienne ».

Translated from La Romania in Italia in un supermercato