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Jeunes footballeurs d'Afrique : l'Europe, un rêve dangereux

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SociétéStyle de vie

Les clubs européens regorgent de footballeurs africains. Plus ou moins célèbres, ils sont des modèles pour les jeunes de leur pays, nombreux à suivre leur traces... Mais à quel prix ?

En 2003, l’équipe de première division belgeKSK Beveren alignait dix joueurs ivoiriens sur les onze titulaires. Une petite révolution pour la commune de Flandre-Orientale, où le Vlaams Blok, le parti d'extrême droite flamand, y obtenait 25 % des voix à l’époque. Tout a commencé en 2001 quand Jean-Marc Guillou, fondateur d’une académie de football en Côte d’Ivoire, est devenu administrateur délégué du club alors en faillite. Il propose un apport annuel de quatre joueurs venus de son académie pour redresser le club belge.

L'académie de Jean-Marc Guillou (JMG académie) fait partie de ces nouveaux centres de formation ouverts par des Européens sur le continent africain. Des écoles de football fleurissent un peu partout mais les structures officielles restent rares. Elles forment les jeunes footballeurs locaux, sans interrompre leur scolarisation, et les destinent à des carrières internationales ou nationales pour les plus chanceux, ou à la reconversion pour les moins doués.

... mais les strucures officielles restent rares

Suivre ses idoles

 Au Sénégal, près d’un million de jeunes ont une licence de football. Ils se pressent par milliers pour rentrer dans les centres de formation reconnus. Tous guidés par leurs modèles, aujourd’hui grandes stars du ballon rond. Samuel Eto’o, Salif et Seydou Keïta, Salomon Kalou, « Baky » Koné, Yaya Touré... Tous ont grandi en Afrique et connaissent aujourd'hui une carrière internationale. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux à s’expatrier pour tenter leur chance en Europe. De jeunes prodiges du football sacrifient tout pour rejoindre l’eldorado européen, ses clubs mythiques et ses salaires mirobolants. Si beaucoup tentent l'aventure, ils ne prennent pas tous le bon chemin. Entre les écoles « bidons » les faux agents et les transferts de mineurs, les arnaques sont courantes.

C'est en Europe que les joueurs africains ont une chance d'exploser... ou de chuterYannick Abéga avait 13 ans quand il a quitté son Cameroun natal pour l’Espagne. Une tante éloignée l’a mis en relation avec un agent ibérique, Marc Salicrú Massegú. Les parents ont signé un contrat et payé le billet d’avion. « Pour des raisons administratives », la « tantine » devient tutrice de l’enfant. Des promesses plein la tête, il est euphorique et rêve déjà du Real, le club madrilène qui a accueilli Samuel Eto’o quelques années plus tôt. Arrivé sur le vieux continent, il est bringuebalé dans toute l’Espagne pour des essais peu concluants. Il atterrit dans un centre de formation à Majorque où il restera deux ans. Puis, Yannick reprend les essais, mais sans succès. Sans nouvelles de son agent, sans club et sans papiers, il s’enfuit pour la France. À Paris, il est recueilli par l’association Foot Solidaire qui l’aidera à sortir de sa situation irrégulière.

Du rêve à la rue

Malgré le durcissement des règles de la Fédération internationale de football (FIFA) en octobre 2009, les structures officieuses et les pseudo agents et recruteurs continuent d’officier sur le continent africain. Le règlement de la FIFA est pourtant clair : tout transfert international de mineur est interdit. Le club formateur doit donner son autorisation, la FIFA doit délivrer un certificat et le joueur doit être licencié par la fédération. L’idéal, c’est un contrat passé directement de club à club, avec un intermédiaire mandaté par le club d’accueil.

Malheureusement, les victimes d'agents peu scrupuleux sont encore nombreuses. Six jeunes maliennes, dont l'une d'entre elles vit aujourd'hui dans la clandestinité, ont subi de plein fouet les effets du foot business. Elles étaient reconnues au Mali, jouaient au niveau national, mais rêvaient d'une carrière à l'étranger. Un jour, un « agent » les contacte. Il dit avoir été envoyé par le RC Saint-Étienne, en France. Il cherche des joueuses motivées pour faire évoluer le club français. Les jeunes filles signent un contrat sans trop se poser de questions et filent à l'ambassade française pour obtenir le précieux laisser-passer. Elles l'obtiennent immédiatement, alors que le procédure normale prend des jours, voir des mois. Elles payent le billet de leur poche, et les voilà parties pour la ville verte. Elles ont beau être en Europe, dans un grand club national, elles vivoteront dans un appartement prêté par le club, avec de l'argent de poche donné par celui-ci. Pas de contrat, pas de salaires, et des titres de séjour qui se succèdent jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, et le durcissement des règles qui s'en suit. La préfecture ne veut plus leur délivrer le précieux sésame. A partir ce jour, le club les renvoie et les chasse de l'appartement. Les jeunes filles sont à la rue.

Initiatives

 Le but ? Faire du football un vecteur de développement

Tout n'est pas noir pour autant, et les procédures officielles existent encore. L'association Diambars, fondée par d'anciens joueurs professionnels - Jimmy Adjovi Boco, Patrick Vieira et Bernard Lama - est installée au Sénégal, et depuis peu en Afrique du Sud. Son slogan : « le foot passion, un moteur pour l'éducation ». Parallèlement à une formation sportive, les structures Diambars continuent de scolariser les enfants pour leur permettre un avenir, quoi qu'il arrive. Plusieurs joueur ont déjà signé des contrats avec des clubs européens, en Norvège ou en France. Un exemple et un espoir pour tout le continent.

Photos : Une : ©[phil h]/Flickr; le terrain de foot africain : ©Alessandro Silipo/Flickr -visitez son site internet ; Samuel Eto'o : ©Sylvia Gutiérrez/Flickr; Stars in their Eyes: ©Development works photos/Flickr - visitez le site de la fondation Stars in their Eyes