Participate Translate Blank profile picture
Image for Glauque : lumière sur un groupe qui plane

Glauque : lumière sur un groupe qui plane

Published on

CreativeBruxellesLatest

À peine quelques mois après la sortie de leur premier titre « Robot », Glauque présente déjà son nouveau tube, « Plane », avec son clip ambiance 90s. Ce groupe belge fraîchement formé de cinq garçons s’apprête déjà à tourner dans les plus grands festivals francophones. Rencontre avec des gars pas vraiment lugubres, juste avant leur passage sur scène à Couleur Café.

Il fallait attendre leur succès pour découvrir la couleur de la mer du Nord. Tout le monde pense qu’elle est grise. Mais pour eux, elle est glauque. Une teinte de couleur vert-grisée. « On a choisi ce nom pour mettre en garde sur les textes ou les instrus qui peuvent parfois être brutes mais qui cachent d’autres sens, comme le glauque », explique Aaron, « l’enfant du groupe ». 21 ans, étudiant en sciences politiques à Namur en Belgique, garçon simple et propre sur lui, il a rejoint Glauque via son pote, Louis, le rappeur. Apparemment, ce dernier est le plus glauque du groupe.

« On s’est formé en septembre 2017, il y a deux ans déjà. J’écrivais des textes de rap depuis quelques années et je cherchais quelqu’un pour faire des prods derrière, pour avoir de la musique », raconte Louis. D’emblée, il s’est tourné vers son grand frère, Lucas, musicien au conservatoire de Namur en classique. « Je lui ai demandé s’il voulait faire du rap avec moi sauf qu’il m’a dit non (rires). Et il m’a donné le contact d’un de ses amis, Aadriejan, qui est aussi au conservatoire. C’est comme ça qu’on a commencé le groupe tous les deux. » Les mois passent et Lucas finit par changer d’avis, devenant à 28 ans l'aîné du groupe. Il y entraîne même son coloc, Baptiste, lui aussi du conservatoire. Aaron, assure la seconde voix et aide à l’écriture des textes.

Entre deux sourires et petites blagues, sa complicité avec Louis est évidente. « On dort même dans le même lit », plaisante Louis, en précisant l’esprit de Glauque : « On ne s’est pas regroupés autour de nos groupes musicaux mais vraiment par les liens qu’on avait. » Un mix classique-urbain tout droit venu de Wallonie.

Un rap aux mélodies aériennes

« Cher journal, j'ai entretenu quelques rapports intimes d'puis la dernière fois, t'étais derrière moi, une petite voix m'intime de faire les mauvais choix. » Sur un arrangement électro vibrant et des bits lourds prononcés, la voix grave de Louis balance un rap brut, acéré : ce sont les paroles de « Robot », premier titre officiel de Glauque, l’histoire d’un jeune homme qui sombre dans l’alcool et la prostitution. Leur deuxième titre « Plane » évoque une autre dimension, plus porteuse d’espoir pour des jeunes en perdition. « Je pense que c’est un état dans lequel on peut tous se retrouver. Et c’est ça qui m’intéresse quand j’écoute des chansons à textes, nous confie Louis. Je n’ai jamais voulu m’exprimer au nom d’une génération. Je ne suis pas du tout dans une revendication sociétale ou générationnelle. Je n’ai pas envie de devenir quelqu’un qui donne une marche à suivre pour d’autres personnes. »

Leurs arrangements musicaux lyriques permettent de plonger pieds et tête dans l’univers musical de Glauque, fait de poésie et d’humeur morose. Partant chacun d’univers musicaux très différents, leur processus créatif est morcelé, pour ne pas dire « un gros bordel » comme Louis et Aaron s’amusent à expliquer : « Des fois quelqu’un arrive avec un morceau qui est tout fait. Parfois quelqu’un arrive avec une prod qui servira de squelette et puis on y retouche ; ou parfois y’a vraiment une construction de groupe. » Un melting-pot d’influences musicales, qui se compose de rythmiques saccadées et de mélodies aériennes enivrantes.

« Je n’ai jamais voulu m’exprimer au nom d’une génération »

Une identité musicale appuyée mais encore en recherche d’une identité visuelle, à laquelle ils tiennent très à coeur. « Dans “Plane”, on a pris vraiment notre temps, à vouloir nuancer la musique en elle-même par le biais de l’image », explique Aaron. Se construire comme groupe aujourd’hui passe nécessairement par la création d’une identité graphique et une présence sur Instagram. Raison pour laquelle le groupe a décidé de « repartir à zéro », en supprimant tous les contenus de son compte officiel depuis la sortie du clip, pour préciser son univers visuel composé de plans au drône, teintés de mauve et de paysages désertiques.

Avec des sonorités propres et leur succès rapide à un si jeune âge, on pourrait y voir encore un groupe émergent qui se la joue à la Fauve. Une comparaison à la fois flatteuse et vexante pour Louis : « Fauve a été un des premiers groupe qui était peut-être très impudique dans sa manière de faire de la musique et d’exposer ses sentiments, et ça c’est peut-être un truc qu’on a en commun : le côté très brut de leurs textes et de leurs chansons. Mais je dois avouer que je ne suis pas du tout fan ni friand de ce qu’ils font, autant musicalement que dans les textes. »

« Je ne veux pas vivre de la musique »

Fraîchement entré dans le monde de la musique, la popularité, Glauque ne l’envie pas. Vivre de la musique ne fait pas partie des projets du groupe pour le moment : « Ce n’est vraiment pas un objectif, loin de là. D’autant plus maintenant qu’on commence un peu à découvrir ce monde, qui est totalement inconnu quand tu commences la musique. Ce n’est pas un milieu qui est super sain et ça peut vite rendre complètement dingue. »

S’il ne se définit pas par rapport à son succès, Glauque semble pourtant bien parti pour en avoir. Leur émergence sur la scène belge a déjà franchi les frontières. Glauque est en tournée dans les plus grands festivals francophones de cet été : Dour en Belgique, Cabaret Vert en France, Sonic Vision au Luxembourg, pour n’en citer que trois.

Sur la scène de Couleur Café, le groupe est programmé en même temps que Lauryn Hill, la star internationale qui clôture le festival. Un public déjà fidèle se détache pour assister à leur performance. Et Glauque semble en être conscient. Très à l’aise, les membres du groupe prennent tout l’espace, dégageant une énergie et un dynamisme qui contrastent avec leur stress assumé, deux heures avant de monter sur scène : « Ce sont toujours les phases d’attente qui sont horriblement stressantes », admet Louis. Un début prometteur pour un groupe qui jusqu’il y a deux mois n’avait jamais fait de festival. Sur leur nouveau titre « Plane », le public saute en rythme sur des paroles qu’il connaît déjà. Et Glauque ne lui dit pas encore, mais il lui réserve un premier album, certainement prêt pour la prochaine édition du festival.

Bien qu'ils veulent garder la tête sur les épaules, cela ne les empêche pas de rêver : « C’est vraiment totalement délirant ce qui nous arrive. Donc oui exactement, ça “plane” ! ».


Lire aussi : Catastrophe : une nuit dans le bouleversement de la jeunesse française

Crédit photo : © Marie Périlleux