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Epaper, année zéro

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Default profile picture marie simon

Un marché colossal se prépare grâce une nouvelle révolution technique : le papier électronique ou e-paper.

Et si, demain, nous tenions entre nos mains l’équivalent du Daily Prophet dans les aventures d’Harry Potter ou du USA Today imaginé par Spielberg dans son film ‘Minority Report’ ? Le texte s’afficherait sur un papier plastifié, nous tournerions les pages virtuellement en un clic et les illustrations s’animeraient. Demain, sans doute pas, mais pourquoi pas après-demain ? Pour Bruno Rives, fondateur de Tebaldo, observatoire des tendances et usages des nouvelles technologies, pas de doute : « nous sommes à l’année zéro du papier électronique ».

Le concept existe depuis plusieurs dizaines d’années mais il a aujourd’hui atteint « sa maturité technologique », selon Jacques Angelé, directeur des programmes technologies de Nemoptic, une société française à la pointe en matière d’e-paper. « Idéalement, cet objet nouveau pèse 150 à 200 grammes, mesure 5 mm d’épaisseur, fait 7 à 8 pouces en diagonale. Il doit être simple d'utilisation et être mis à jour sans cesse, sinon on tient un PDA entre les mains. » Après plusieurs essais non transformés, comme le Cybook lancé en 2000 par une société française, Cytale, l’e-paper est aujourd’hui prêt.

A vos marques, prêts… développez !

De nombreuses entreprises se positionnent pour ne pas rater le coche, car tout ira très vite. Pour Jacques Angelé, «tout se jouera dans les trois ans à venir ». D’ici là, les acteurs de ce marché auront pris pied et on observera certainement « une prime au premier arrivant ».

Pour l’heure, l’Europe et ses entreprises innovantes sont bien placées, mais la concurrence sera rude, tant dans le développement de cette petite merveille technologique, que dans ses applications dans la presse ou l’édition.

La première encre électronique est même européenne ! « Certes, l’E-ink vient du MIT américain, mais le brevet en a été donné à Philips, un européen, pour qu’elle soit intégrée au papier », explique Bruno Rives. Et les sociétés européennes fleurissent : ‘Nemoptic’ (France) développe l’encre électronique, ‘Plastic Logic’ (Royaume-Uni) travaille sur le papier, ‘Ganaxa’ (France) réfléchit aux logiciels, etc.

‘Plastic Logic’ a d’ailleurs annoncé en janvier l’installation d’une nouvelle usine à Dresde pour développer son e-paper, le premier centre mondial de production d’écrans flexibles en plastique. 100 millions d’euros ont été investis dans la ‘Silicon Saxony’ qui peut se vanter d’avoir raflé la mise face à New York et Singapour. Car la concurrence est bien là… « Nous sommes bons pour les fournitures technologiques, mais beaucoup moins pour nous situer sur les marchés », nuance Bruno Rives.

Surtout rester dans le peloton de tête

Comment lutter ou, au moins, résister face aux Chinois, aux Japonais et aux Américains ? Pour Jacques Angelé, il faudra « fédérer les acteurs pour proposer des solutions compétitives, et pas seulement des stratégies de défense. Avec une prise de conscience pertinente des intérêts économiques en jeu, nous pourrons stimuler le secteur, anticiper les évolutions et même les aider ! » Sa société travaille d'ailleurs main dans la main sur le livre-journal électronique ‘Sylen’ avec d’autres entreprises françaises.

En matière d’applications de cette nouvelle technologie, dans la presse ou dans l’édition par exemple, le même constat s’impose : les entreprises européennes ne doivent surtout pas se reposer sur leurs lauriers ! «De gros joueurs ont déjà vu le marché colossal qui se prépare et, comme Amazon, se positionnent pour que l’usager moyen trouve son bonheur chez lui», explique Jacques Angelé. Il faut les comprendre : ce nouveau support qui permettra de créer de nombreux partenariats éditoriaux ou commerciaux donnera accès au consommateur sans intermédiaire, sans barrière de langue ni de loi nationale !

Un nouveau départ pour la presse ?

Quant à la presse, les titres réfléchissent à leur déclinaison électronique après avoir investi l’Internet. Les Echos, un quotidien économique français, sont d’ailleurs parmi les premiers à franchir le pas. « Nous allons très vite maintenant proposer, via le site lesechos.fr, une souscription nous permettant de délivrer les premières machines fin avril- début mai », annonce Philippe Jannet, directeur technique des éditions électroniques des Echos. Le contenu sera actualisé continuellement, et pourra se charger via un port USB, par wifi et bientôt par bluetooth.

« C’est une opportunité nouvelle pour la presse ! », se réjouit Bruno Rives qui a travaillé sur ce projet. Une occasion de « séduire les lecteurs qui ne les lisent pas d’ordinaire et reconquérir ceux qui se sont tournés vers les gratuits. L’investissement n’est pas si gros si l’on considère les enjeux ! »

A condition de prendre en compte le lecteur qui sera « demandeur d’une plus grande richesse éditoriale et ne se contentera pas du seul journal. Le contenu doit s’enrichir de données encyclopédiques, de graphiques, etc», suggère Bruno Rives. Une exigence dont a fait les frais le quotidien belge De Tidj qui «a jeté l’éponge, sa version étant basée sur une reprise à l’identique du journal en format e-paper, sans prendre en compte les spécificités de la machine », explique Philippe Jannet, assurant que Les Echos ne commettront pas la même erreur stratégique..

Il faudra aussi l’habituer à un nouvel objet… Si une feuille en noir et blanc ne nous choquera pas si on la compare à un livre de poche, elle pourra sembler austère pour d’autres applications. A quand la couleur ou la vidéo, à quand une feuille pliable ? Peut-être l’attrait technologique nous fera-t-il oublier le grain du papier sous nos doigts. A priori, et même Bruno Rives en convient, « c’est une alchimie bien difficile ». Mais, rappelle-t-il, «le papier n’a pas explosé en -321, on a attendu les années 1500 ».

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