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D’où je suis ?

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Barcelone

On m’a souvent demandé d’où j’étais, si je me sentais français ou espagnol. La réponse a presque toujours été la même : je ne suis ni l’un ni l’autre, je n’ai à priori rien contre (ni pour) les catalans, les espagnols, les français ou les chinois. Tout simplement parce que je ne les connais pas tous. C’est ce qu’on pourrait appeler une morale minimale.

En fait je ne suis pas d’un pays, d’une région ou même d’une ville, j’aime à dire que je suis d’une rue, d’une maison, d’un cinéma, d’un parc, de tous les endroits que j’ai connus et qui ont compté pour moi. Par exemple, j’ai plutôt été français, provençal plus exactement, (comme on dit avoir le vin triste ou gai), car c’est là que j’ai passé une grande majorité de mes vacances scolaires. Si, comme l’affirme si bien Saint-Exupéry « on est de son enfance comme on est d’un pays », je suis peut-être en grande partie barcelonais, même si j’ai vécu dans d’autres villes importantes à mes yeux.

Je suis la somme de beaucoup de choses à Barcelone. D’un lycée énorme et contraignant, idyllique et asphyxiant comme peuvent l’être les grandes familles mais marquant, sans doute (en bien ou en mal). Ce n’est pas un hasard si les anciens élèves l’appellent El Cole comme d’autres parlaient en leurs temps du Parti ou de la Patrie. Colossale structure tentaculaire qui a absorbé une énorme partie de nos vies et dont les échos résonnent encore pour beaucoup dans nos mémoires.

Puis on découvre vite que cette ville, quoi qu’on en dise (et même si cela peut embêter les plus susceptibles), n’est pas une référence en matière de fédéralisme ou de décentralisation. Il existe un espace diffus, changeant, souvent subjectif, qu’on appelle El Centro et qui devient vite l’endroit de toutes les réunions, rencontres, dîners et autres fêtes. Souvent le référent est flou et il n’existe sûrement personne qui pourrait affirmer avec certitude quelle est sa délimitation exacte. El Centro intègre alors la liste des grands concepts, comme le Temps ou l’Amour, qu’on ne peut définir mais dont on est sûr de savoir ce que c’est.

C’est ainsi qu’un endroit façonne une personne : avec ses « vamos a tomar un café » qui sont tout sauf une invitation à aller boire un café, ses printemps où tout le monde semble déjà être en vacances, ses Saint-Jean où il vaut mieux rester chez soi, ses bus qui ne passent jamais… Je suis donc la somme des gens que j’ai connus et des endroits qui m’ont marqué. Beaucoup de recoins de cette ville sont en moi et, souvent, sont à moi. Je ne pourrais jamais en sortir, même si je partais très loin, et c’est tant mieux. Il faut additionner, pas remplacer. Un ami à moi est parti faire le tour du monde. Avant de s’envoler vers la Chine, il est allé dire au revoir à son petit bout de plage touristique et crasseux. Peu importe comment et où est cet endroit, mon ami est en partie de là-bas. Mais aussi de beaucoup d’autres lieux qui lui restent à découvrir…

Ceci c'est le second des portraits eurobarcelonais que la rédaction de Barcelonne propose aux lécteurs. Son auteur: Aurélien Le Genissel, un journaliste francoespagnol.

Crédits de la photo: “Mor (bcnbits)”