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Burqa: les lois européennes face au voile intégral

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CultureSociété

Qui a peur du voile intégral ? Après l'adoption d'une loi visant à interdire le port du voile intégral dans l'espace public par une large majorité de députés belges le 29 avril, c'est au tour du gouvernement français de présenter une proposition de loi le 19 mai, malgré l'avis répété du Conseil d'État, pour qui une telle loi s'oppose à la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Et ailleurs en Europe ? Quels sont les pays qui interdisent aux femmes musulmanes de porter la burqa, cette récente invention née du mouvement salafiste dans les pays du Golfe et au Pakistan ? Tour d'horizon des législations européennes sur un voile intégral autour duquel se déchirent pêle-mêle les partisans des droits de la femme, les défenseurs de la laïcité, des islamophobes en tout genre, des designers de mode loufoques et encore des défenseurs de la liberté d'expression. 

La Belgique allume la mèche

La proposition de loi visant à interdire la burqa dans l’espace public, sous peine d’amende de 25 euros et/ou d’emprisonnement de un à 7 jours, a été adoptée par la commission de l’intérieur de la chambre le 31 mars. Le texte a été adopté le 29 avril par l’Assemblée en séance plénière, faisant de la Belgique le premier pays européen à interdire le port du voile intégral dans l'espace public.

Photo:Jean-Fabien/Flickr

La France emboîte le pas

Après la proposition de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, d'interdire la burqa dans l'espace public, le conseil d'État français avait considéré qu'une interdiction générale du port du voile intégral dans l'ensemble de l'espace public serait exposée « à de sérieux risques au regard de la Constitution et de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ». Pas de quoi refroidir le gouvernement français. Le 21 avril, Nicolas Sarkozy annonce qu'une loi sera votée au plus vite pour l'interdiction totale du port du voile intégral. Mais l'initiative du président français pourrait être confrontée au refus du Conseil Constitutionnel. En France, selon les rares études policières publiées, la burqa ne serait portée que par 2500 personnes.

Photo: ©Rétrofuturs (Hulk4598) / Stéphane Massa-Bidal/Flickr

Suisse: des minarets à la burqa

Après le référendum contre les minarets par les Suisses, Christophe Darbellay, le président du parti chrétien-démocrate CVP voit de nouveau l'opportunité d'interdire la burqa. Mais s'il n'est pas impensable qu'une telle loi soit adoptée aussi bien par la gauche socialiste que par la droite conservatrice, le Bundesrat s'y oppose en raison du droit à la liberté religieuse en Suisse. Le parti de gauche SP plaide en faveur du droit des femmes, tandis que les conservateurs du SVP usent de l'éternel argument de la peur: déjà présent dans le débat sur les minarets - l'affiche anti-minaret montrait deux femmes voilées - un argument qui semble fonctionner !

Photo: ©rytc/flickr

L’Allemagne se couvre

L'Allemagne reste prudente quant aux déclarations concrètes sur l'interdiction de la burqa. Le port du voile intégral ne serait « pas un phénomène de masse » Outre-Rhin, a déclaré le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière (CDU) dans un entretien avec le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. En outre, certains chrétien-démocrates avancent que l’interdiction de la burqa pourrait entraîner une dévalorisation des symboles chrétiens dans les espaces publics. En Allemagne l’impôt destiné aux églises ainsi que des cours de religion à l’école continuent à exister. En Bavière, les murs des salles de classe continuent à arborer des crucifix, malgré la décision de la Cour Constitutionnelle d'abroger l'obligation des « croix en classe » (« décision crucifix », 1995). Pas étonnant donc que dans ce Land, les politiciens locaux (CSU) plaideraient volontiers contre la burqa. Même la social-démocrate Lale Akgün (SPD) s’est exprimé contre cette « prison corporelle intégrale ». Il a subit une pluie de critiques au sein de son parti.

Photo : Campagne de la Internationale Gesellschaft für Menschenrechte (IGFM) - Société internationale pour les droits de l’homme en Allemagne - le slogan dit « Des femmes opprimés passent souvent inaperçues » ©IGFM

Italie: la guerre des mots

En Italie, plus qu’un débat sur la burqa, on assiste à une guerre des mots. La Ligue du Nord, parti réputé pour ses positions souvent racistes et xénophobes, a essayé à plusieurs reprises de faire interdire le voile intégral dans le pays. Le premier à oser le débat était Enzo Bortoluzzi, le maire d’Azzano Decimo (un village du Friuli, au Nord-est), qui en 2004 avait prohibé aux femmes musulmanes de couvrir leurs visages. En 2009, un autre maire de la Ligue du Nord, Giorgio Cancelliere, avait interdit la burqa dans son village de Fermignano (Marches, centre Italie). Malheureusement pour lui le Ministre de l’Intérieur a rejeté son ordonnance communale. Un autre représentant du parti nordiste, Paolo Grimoldi, remet le couvert aujourd'hui, avec une proposition de loi pour l’interdiction du voile intégrale en Italie. Lors d’une récente interview avec France 24, le Ministre des affaires étrangers italien, Franco Frattini, a déclaré qu’il s’agit d’une idée de la Ligue du Nord et non du Gouvernement italien, en précisant que la proposition du député Paolo Grimoldi est inacceptable, car « nous ne pouvons pas envoyer les femmes en prison parce qu’elles portent le burqa » comme prévoit le projet de loi de Grimoldi... La guerre des mots sur la burqa ne fait que commencer.

Photo: ©Flavio Lucchini

L'Espagne souhaite une réponse européenne

En l’Espagne, le port du voile intégral (la burqa est pratiquement inexistante), n’est pas régulé, et ne le sera pas plus lors du débat sur le projet de loi sur la liberté religieuse, que le gouvernement veut imposer avant l'été. Tout laisse à croire que les crucifix dans les écoles font plus polémiques que la burqa. Mais à l'école, plusieurs filles ont été expulsées à cause du port du voile. Le gouvernement espagnol appelle l'Europe a donner une règle en commun à tous ses États membres.

Photo: ©annrkrizst/Flickr

La Grèce et le voile financier

Après avoir caché les dimensions de sa crise financière sous un voile intégral, la Grèce préfère pour l’instant se concentrer sur ses problèmes d’ordre économique, le pays traversant une des pires crises de son histoire. Le port de la burqa ne semble pas être dans l'actualité en Grèce. Le sort des musulmans dans le pays méditerranéen, qui subissent un chômage massif et, jusqu'à la récente décision de construire une mosquée à Athènes en 2006, ne pouvant pas construire de mosquée, est d'une actualité brûlante.

Photo: le burkini, le maillot de bain en règle avec les valeurs islamiques ©Ahiida

Portugal: en stand-by

Pas de débat sur le port du voile intégral. La presse se cantonne à commenter les décisions belge et française. Pourtant, quand elle se positionne, c'est en faveur de la liberté des femmes.

Photo: ©jfgornet/Flickr

Burqa: partie intégrante de la Grande-Bretagne

Pas de débat sur la burqa au Royaume-Uni. Le seul début de controverse a eu lieu en 2006, lorsque Jack Straw, alors à la tête de la chambre des communes, s'est dit gêné par la présence d'une femme voilée dans sa circonscription de Blackburn (Lancashire, nord de l'Angleterre) . Le Conseil Musulman Britannique (MCB), qui regroupe plus de 500 associations musulmanes, défend le port du voile, bien que d'autres groupes musulmans supportent l'initiative de Nicolas Sarkozy. Les opposants au voile étaient hier au BNP; on les retrouve aujourd'hui au sein du United Kingdom Independence Party (UKIP), dirigé auparavant par Nigel Farage (l'UKIP a 13 eurodéputés à Bruxelles). Mais ce n'est pas « british » de dire aux gens comment s'habiller dans la rue selon le secrétaire à l'éducation Ed Balls.

 Photo: ©JasonBlait/Flickr

Danemark: « Arrachez la burqa des visages des femmes »

Le 27 janvier 2010, le premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen, qui dirige le gouvernement de centre-droit, s'est dit en faveur d'une limitation de l'usage de la burqa et du niqab dans l'espace public. S'il n'a pas voté pour l'interdiction pour ne pas enfreindre la Constitution, il incite les institutions à faire du zèle dans la limitation de son port. Par ailleurs, les personnes jugées coupables d'imposer le port du niqab et de la burqa risquent jusqu'à quatre ans de prison. Dans un pays où 3 femmes portent la burqa et entre 150 et 200 portent le niqab, le débat a été qualifié de « farce » par l'opposition social-démocrate.

 Photo: ©associated press via sweetness&light

Finlande, Norvège, Suède: burqa oui, humour aussi !

En février 2010, Astrid Thors , le ministre des affaires européennes et de l'immigration, a dit que l'interdiction de la burqa était inutile en Finlande. Le ministre libéral conservateur suédois est d'accord. Quant à la Norvège, les designers de mode de Marked Moskva ont placé la burqa sur la passerelle en mars 2008. Ils proclament: « Une burqa offre la liberté, et c'est un supplément pas négligeable pour une garde robe. Quand quelqu'un veut se cacher ou a une sale coupe de cheveux ». Enfin du sens de l'humour !

Photo: ©svennevenn/ Flickr)

Pologne: la burqa invisible

Dans un pays où la construction d'une Mosquée peut créer la polémique, la burqa est paradoxalement invisible. Les musulmans en Pologne sont en majorité des descendants des Tatars, qui migrèrent dans le pays de Vistula il y 600 ans et ont depuis été complètement assimilés. Les musulmans ayant émigré le siècle dernier en Pologne sont en majorité des étudiants. Certains, mariés à un(e) autochtone, ont décidé de rester. On estime la communauté musulmane de Pologne à environ 0.05% de la population, mais aucune statistique officielle ne vient confirmer ce chiffre.

photo: ©Neuro74/Flickr

En Autriche un consensus préventif

Bien que les femmes voilées intégralement restent plutôt l'exception, il existe un relatif consensus quant au rejet de la burqa. La ministre des femmes social-démocrate  Gabriele Heinisch-Hosek (SPÖ), mais aussi le FPÖ et l'Initiative des musulmans libéraux (Ilmo) veulent s’attaquer à la burqa, si jamais le nombre de femmes intégralement voilées augmente significativement à l’avenir ou si les droits des femmes ne soient pas respectés. Mais aucune loi n'est à l'ordre du jour.

Photo: ©Dude Crush/Flickr

Pays-Bas: Plus de burqas moins de sous

Comparable à son voisin belge, la Hollande a déjà introduit des propositions de loi pour interdire le port de la burqa. Que Geert Wilders, le politique populiste et ouvertement islamophobe qui prend de l'ampleur depuis les dernières élections, veuille bannir le voile intégral, est logique. Mais que Rita Verdonk, la ministre de l'Immigration conservatrice (VVD), le suive au nom de la sécurité dans les établissements publics, c'est autre chose. De plus le port de la burqa pourra coûter cher pour les femmes musulmanes voilées de la tête au pied: à Utrecht, l'aide sociale a déjà été réduite pour les femmes en burqa. Une idée qui ne déplaît pas au maire d’Amsterdam, Job Cohen. Selon lui, la burqa reste un obstacle à la recherche d'emploi.

 Photo: ©Abdurahman Warsame/Flickr

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