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L'empire déjanté de David Lynch

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Default profile picture max hidalgo

Translation by:

Elsa Bracadabra

Culture

Alors que son dernier film ‘INLAND EMPIRE’ est sur les écrans depuis le 7 février, l'exposition ‘The air is on fire’ à Paris dissèque l’univers inquiétant du cinéaste David Lynch.

Le premier samedi de mars, à midi pile, une centaine de personnes attendait patiemment sur le boulevard Raspail l'ouverture de la Fondation Cartier de Paris. L’objet de leur présence : l'inauguration de ‘The air is on fire’, une exposition consacrée au réalisateur américain David Lynch, 61 ans, qui dure jusqu’au 27 mars.

Depuis les rétrospectives du centre Pompidou consacrée à Jean-Luc Godard et celle de la Fondation Cartier dédiée à Agnès Varda l’an passé, il est de plus en plus courant que le cinéma fasse irruption dans les musées. Néanmoins, ‘The Air is on Fire’ regroupe toutes les facettes de l'art du réalisateur : peintures, dessins, photographies, premier courts métrages, bandes sonores d’un homme qui confesse avoir toujours voulu être peintre.

Quelques semaines après la sortie d’‘INLAND EMPIRE', son dernier opus, Lynch livre ainsi une sélection étendue de son oeuvre plastique.

Une inquiétude familière

L'exposition projette le visiteur dans un univers qui semblera familier aux aficionados de Lynch, chez qui l'espace quotidien est propice à l'inquiétude, à l’érotisme et à la cruauté. Accompagné d'une bande originale provenant des tréfonds de la Fondation Cartier, le visiteur traverse un espace dans lequel le bris des illusions et la libération des instincts réprimés semblent s'affirmer comme les sources d'une jouissance perverse.

Ce qui hypnotise le visiteur dans cette exposition aux nombreux dédales, ce sont peut-être les corps : enflés, cassés, défigurés. Modelés en collages sur des images numériques auxquelles se superposent des objets réels, les corps font irruption, tels des tâches difformes, apparaissant comme la représentation vivante de l’inconcevable.

L’une des pièces proposées au public rappele par exemple le suicide de Diane, personnage principal du film ‘Mulholland drive’. Sur un sofa en image de synthèse, une femme nue -la culotte sur les genoux- exhibe le trou noir de son sexe, ses yeux et sa bouche, un révolver à la main. Un téléphone rose est à ses côtés. L’image est auréolée de liquide sans que la boucle de ses chaussures ne cesse de briller et un texte jaillit de sa tête: ‘Bon...je peux rêver, non?’.

La série de tableaux dédiés à un mystérieux ‘Bob’ -un humanoïde- rend compte des avatars d’un personnage qui conjugue sadisme et ironie. Bob se regarde lui-même depuis le ciel en allant à la guerre, Bob se trouve lui-même dans un monde pour lequel il n'a pas d'entendement, Bob aime -ou torture- Sally jusqu'à ce qu'elle devienne bleue. Sous lui, des roses fanées. Les textes inscrits à l'intérieur des tableaux participent à l'ambivalence générale de l'oeuvre.

L'atelier de l'artiste

L'exposition dévoile également un demi-millier de papiers (dessins, notes, croquis) produits par Lynch depuis son adolescence. Consistant pour la plupart en de simples esquisses, ces documents ont été régulièrement consultés par l'artiste, qui les utilise comme une source d'inspiration récurrente.

Dans ces croquis comme dans certains tableaux, on peut reconnaître certains des personnages et des situations qui peuplent ses films. C'est ce dont témoigne une grande peinture représentant le petit monstre de ‘Eraserhead’ [le premier film de Lynch], les intestins visibles par transparence et rejetant du sang par la bouche, ou un dessin dans lequel un homme voit pousser, depuis son lit, l'arbre dépourvu de pot sur sa table de nuit.

Dans le souterrain de la Fondation Cartier, un petit théâtre projette les premiers court-métrages de Lynch, qui contiennent une grande partie des fantasmes qui animeront ses réalistions ultérieures.

Quant à la sélection photographique retenue par les commissaires de la Fondation Cartier, elle est en majorité composée de paysages industriels dégradés et de nus féminins, qui contrastent avec la série photographique ‘Distorted Nudes’, également présentée. Dans cette série Lynch utilise des photographies érotiques de 1840 à 1940 dont il mutile ensuite les images.

L'exposition, qui révèle également des dessins de la fin des années cinquante, ainsi qu'un décor construit à partir d'un dessin de Lynch lui-même, est une bonne opportunité de s'approcher de l'univers cruel, ironique et inquiétant de ce cinéaste.

'The Air is on fire' jusqu'au 27 mars. Plus d'informations Fondation Cartier ou le site de David Lynch

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Translated from El imperio de Lynch