Participate Translate Blank profile picture
Image for La politique du pire : les scandales de l’été

La politique du pire : les scandales de l’été

Published on

Translation by:

Marion Campan

Politique

En été, le moindre écart fait la joie des journaux européens qui cherchent des histoires à se mettre sous la dent… et ils en trouvent : abus de confiance, faux électeurs, voitures de fonction, callgirls et vodka. Ce n’est pas tout rose au sommet de l’Etat.

Comment, diable, est-il possible qu’Ulla Schmidt, la ministre allemande de la santé, en vacances en Espagne, se fasse voler sa voiture de fonction non assurée ? Une négligence de cette ampleur semble impardonnable en Allemagne, qui se caricature volontiers comme étant la nation de la bureaucratie. Cet été sera chaud pour « la ministre sans vergogne » (selon le Berliner Zeitung). Depuis la première Une sur la saga d’« Ulla en vacances », sa voiture est mystérieusement réapparue, ce qui n’a rien arrangé aux affaires de la ministre. Le tohu-bohu à Alicante, où le forfait a été commis, n’a pas permis d’occulter l’affaire avec élégance. Et ce, malgré le fait que les porte-paroles de la république indignée aient entretemps garanti le bien-fondé de l’utilisation de la voiture de fonction. La proximité des élections au Bundestag et, d’autre part, l’ennui caractéristique de l’été qui paralyse les rédactions, sont sûrement les deux raisons qui ont transformé un faux pas en scandale.

Résidences secondaires et îles aux canards

(Gin in teacups/flickr)Cette affaire rappelle celle qui a échauffé les esprits britanniques en juin dernier. Presque tous les représentants de la Chambre des communes étaient alors concernés par le scandale des frais de l’Etat. Les contribuables anglais ont découvert progressivement, grâce à la publication des relevés de frais des députés, qu’ils finançaient les résidences secondaires des hommes politiques. Légal en théorie, mais tout de même déplacé. Et il ne s’agissait pas seulement d’onéreuses maisons ! Mais aussi de couches pour bébé ou de la construction d’une île aux canards au milieu d’un étang local : tout cela couvert par des dépenses de fonction ! Le tirage du Daily Telegraph a fait des bonds à chaque révélation et les politiciens de tous bords ont du faire face, et s’expliquer. Enfin, le Guardian s’est lancé dans le « crowdsourcing » en juin sous le slogan « Investigate your MP’s expenses ! » (« Enquêtez sur les dépenses de vos députés ! ») Depuis, des milliers de citoyens britanniques cherchent de nouvelles îles aux canards où surprendre leurs politiciens.

Faux électeurs à Paris

(petitesphrases/flickr)Au pays du « bling-bling », on est habitué à ce genre de scandales. Jean Tiberi, l’ancien maire du 5e arrondissement de Paris, a été condamné mercredi 27 mai par le tribunal correctionnel à dix mois de prison avec sursis, 10 000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité. On lui reproche d’avoir ajouté à la liste d’électeurs de sa circonscription électorale des centaines de faux noms, électeurs fantômes censés amener à la victoire. Le couple Tibéri (sa femme n’est jamais loin) doit au magazine satirique Le Canard Enchaîné la révélation des faits qui leur sont reprochés, déjà vieux de plus de dix ans...

Un scandale pouvant en cacher un autre, le cas du député socialiste Julien Dray, fondateur de l’association SOS Racisme, met les Tiberi au placard. Il est l’objet d’une enquête préliminaire qui le mènera, ou non, devant le tribunal correctionnel pour « abus de confiance ». Le problème : 350 000 euros de mouvements de fonds suspects, ceux de l’association en question, entre 2006 et 2008, de ses comptes bancaires à ceux de ses amis et collaborateurs.

La petite amie de Berlusconi

(Ciu Pix/flickr)Les Italiens, eux, ne s’énervent plus à cause des péchés fiscaux de leurs hommes politiques. Avec un Berlusconi qui alimente méticuleusement la presse italienne de sorties scandaleuses, l’intérêt concernant la gestion de comptes des hommes politiques tend vers le zéro. Les détails croustillants de la vie amoureuse du chef de l’Etat tombent à pic pour La Repubblica et L’Espresso, qui pourront remplir leurs pages durant les mois d’été. Berlusconi entretient des relations douteuses avec une mineure ? Une nouvelle preuve de sa virilité, que l’âge ne saurait altérer. Sa séparation avec sa femme ? La vieille rombière n’était de toute façon plus présentable. Une aventure torride avec une callgirl ? Mais c’est le rêve de chaque Italien vieillissant ! La presse internationale, elle, s’échauffe dans les règles de l’art, et truffe ses éditions du samedi d’images choquantes.

De la Vodka au parlement polonais

Un coup d’œil chez nos voisins de l’Est nous dévoile que ces derniers sont principalement occupés par leurs chefs d’Etat et leur vice habituel : la boisson. C’est ainsi qu’en Pologne, on se demande quel collaborateur du président a bien pu commander 400 bouteilles d’alcool et les a ensuite vidées en un rien de temps. D’après Radio Zet, on estime qu’en moins de deux mois, 3 000 zlotys du budget présidentiel a permis d’acheter vodka, whisky et brandy. L’alcoolisme présumé du président Lech Kaczynski fait « ragoter »

Les citoyens des autres pays d’Europe se posent la même question. Est-ce qu’un pays peut se laisser raisonnablement gouverner par un représentant qui part en vacances au frais de la nation, et en compagnie de dames légèrement vêtues ? Par chance, le défilé estival des entourloupes ne dure que jusqu’à septembre. Il ne reste plus qu’à espérer que les hommes politiques européens retrouvent leur bon sens entretemps.

Translated from Urlaubs-Ulla und Enteninseln - Europas Fettnäpfchen im Sommerloch