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Italie : quand les émigrés, c'était eux

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Cafébabel

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Une troupe toulousaine chante, joue et projette 150 ans d'émigration italienne à Bruxelles, dans un spectacle qui célèbre l'Italie comme vous ne l'avez jamais vue. C'était tout naturel que Cafébabel ramène sa fraise pour rappeler à Salvini que l'immigré, c'est peut-être lui aussi.

À l’approche du mois du mars, il fait encore froid à Grimaldi. Les senteurs du printemps ne fleurent pas encore dans ce petit hameau de la commune de Vintimille, située à quelques kilomètres de la frontière française. Ils le savaient en partant mais le destin les a pressés, comme on pousse les damnés dans un trou. Dehors, l’obscurité couvre déjà les alentours. Tremblant, le petit groupe parvient à vite avancer malgré le manque de visibilité. Femmes, enfants et vieillards ont pourtant repoussé les confins du courage à maintes reprises, pendant de longs jours où ils auront traversé la Toscane et l’Émilie-Romagne. Le sentier se rétrécit à vue d’œil, filant en zigzag dans la montagne qui se dresse maintenant comme un mur de pierre. À bout de force, ils n’ont cependant guère le choix de s’aventurer sur ce sentier escarpé qui lacère la pente jusqu’à un sommet qu’ils ne voient pas encore. Qu'ils ne verront jamais. En ce triste jour d’hiver, les Alpes engloutiront à nouveau des Hommes, donnant définitivement plus de relief à l’endroit baptisé, depuis longtemps déjà, le Pas de la Mort.

Être Ritals et le rester

Ces gens qui voulaient rattraper la France par un col ne s’appelaient pas Issa, Nouhou, Faisal ou Aya. Mais plutôt Luigi, Elena, Roberto ou Monica. Nous ne sommes pas en 2015, mais en 1932. Voilà près de dix ans que Benito Mussolini est au pouvoir en Italie et ils sont de plus en plus nombreux à fuir le régime fasciste à la hâte. Juifs persécutés, travailleurs pauvres et opposants politiques choisissent en majorité la France, le pays voisin où l’herbe semble plus verte. Lors du recensement de 1931, on compte déjà plus de 800 000 ressortissants italiens dans l’Hexagone. Quelques années plus tard, c’est officiel, la diaspora italienne sera la plus importante d’Europe. Avec plus de 27 millions d’Italiens qui quitteront la péninsule, elle marquera même le plus grand exode de l’histoire moderne. Résultat ? Dans le monde, plus de 500 millions de personnes auraient des origines italiennes.

Plusieurs spécialistes des migrations s’accordent à dire que l’émigration italienne s’est déroulée sur 150 ans d’histoire dont la plus grande intensité se déroulerait de la fin du XIXème siècle pour terminer à la moitié du XXème siècle. Comprimée sur une période qui aura connu deux guerres mondiales, cette émigration est aussi marquée par une série de drames. Un massacre d’abord, où en 1893 dans le Gard, des Français étrillent par centaines des ouvriers italiens sous prétexte qui leur voleraient leurs emplois. Deux catastrophes ensuite. Celle d’Izourt en 1939, dans l’Ariège, où une tempête de neige efface une trentaine de vies transalpines. Puis celle de Marcinelle en Belgique, survenue le 8 aout 1956 dans une mine près de Charleroi. Bloqués au fond, plus de 250 personnes meurent après qu’un incendie se déclare. Douze nationalités différentes, mais une grande majorité d’Italiens. Comme eux, ils sont donc venus par millions chercher un semblant de vie dans un autre pays Europe. En France, on les connaît sous le fameux terme d’argot « Rital » dérivé de « R.ital » (pour Réfugiés italiens, ndlr), la mention qui apparaît sur les papiers des ouvriers italiens immigrés italiens avant et après la Seconde Guerre mondiale. Ces mêmes Ritals qui peupleront les rues de Nogent-sur-Marne dans le roman autobiographique de François Cavanna (fondateur d'Hara-Kiri, ex-Charlie Hebdo, ndlr) les couplets de la chanson de Claude Barzotti ou les épisodes de la web-série des copains Svevo et Federico.

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L'Italie d'hier contre celle d'aujourd'hui

Vous l’aurez compris, une partie de la culture populaire franco-italienne doit beaucoup à ces braves âmes bigarrées qui ont traversé les Alpes. C’est donc tout naturellement qu’un spectacle chanté a décidé de rendre la pareille à des femmes, des hommes et des enfants qui ont façonné l’Italie moderne. Avec ses 25 membres et ses 7 musiciens, la troupe Gruppo Incanto de Toulouse restitue avec émotion l’histoire de cet exode extraordinaire. À travers 90 minutes de chansons et d’images, Italiens : quand les émigrés c’était nous raconte le voyage, le naufrage, l’enracinement, le rejet, l’espoir, la chance, le courage, la souffrance et la joie d’un peuple italien qui a choisi d’aller se chercher un destin ailleurs.

Par les histoires qu’il raconte et les émotions qu’il suscite, Cafébabel a ardemment voulu accompagner ce spectacle. Descendants de générations d’expatriés, nous pensons encore que nos conditions se lisent à la lumière de celles qui nous ont précédés. Alors, voilà. Votre magazine européen est très fier de s’associer à la tenue d’une représentation qui aura lieu à Bruxelles, le 2 février prochain, au théâtre 140. Porté par l’excellente revue franco-italienne RADICI, le spectacle sera aussi un moment de communion entre les artistes et le public qui reprend volontiers en choeur les chansons des grands compositeurs italiens. Face à une Italie de 2019 qui se trompe de lorgnette, venez nombreux constater que les théories fumeuses sur l’immigration s’évaporent aussitôt qu’un regard sincère s’attarde sur le vrai sens de l’histoire.


Italiens : quand les émigrés c'était nous au Théâtre 140, 140 Avenue Eugene Plasky à Bruxelles.

Réservez vos places ici.


Photo de couverture : © Radici

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