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Covid-19 : double peine pour les demandeurs d'asile

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Eloïse Terrier

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Aux portes de Paris, les réfugiés ont été frappés plus sévèrement durant la quarantaine : l'accès aux soins de bases ainsi que les demandes d'asile ont été limités. Les associations tirent la sonnette d'alarme. Pour elles, le coupable est vite identifié : le président Emmanuel Macron avait déjà pris des mesures plus strictes contre la migration et les immigrants, avant même que la crise du coronavirus ne débute.

L'association Utopia 56 a installé son siège dans une zone industrielle du 18ème arrondissement de Paris. Là-bas, une petite équipe coordonne les missions. Les membres parcourent quotidiennement les lieux où se concentrent les personnes à la rue afin de leur distribuer des dons. « Tous les matins, nous apportons un petit-déjeuner. Nous donnons aussi des vêtements, des produits d'hygiène, des tentes et des couvertures. La nuit, on va du côté de Seine-Saint-Denis et Paris, où beaucoup de gens vivent dans la rue », dit Véga Levaillant d'Utopia 56.

Mais, depuis la crise du coronavirus, le système d'aide a été drastiquement réduit, même au sein de cette association. La France a imposé un confinement strict du 16 mars au 11 mai, pendant lequel les bénévoles devaient rester chez eux. «Tous les volontaires de la communauté n'étaient plus autorisés à aider à l'extérieur», nous dit Véga.

À Paris, la ségrégation et la répartition des richesses sont géographiquement très visibles. Une grande partie des personnes vivant sous le seuil de pauvreté se concentre en périphérie de la capitale française. C'est aussi où se trouvent la plupart des réfugiés depuis quelques années, souvent sous les ponts des autoroutes ou en logement collectif.

Même avec le premier assouplissement des restrictions en mai, l'accès aux installations sanitaires reste compliqué. Véga rapporte : « Beaucoup de toilettes restent fermés. Les sans-abris ont difficilement accès à l'eau potable ».

Des raids dans des les camps

Bien avant la propagation du virus, le président Emmanuel Macron avait déjà ordonné le démantèlement d'un certain nombre de camps de fortune. En novembre 2019, les forces de police ont commencé à évacuer à grande échelle les camps dans le nord de Paris. Plusieurs centaines de demandeurs d'asile y vivaient. Beaucoup d'entre eux ont fini dans la rue, avec leur famille.

Dans une interview pour le quotidien allemand Die Zeit, Emmanuel Macron a pointé du doigt le développement de communautés parallèles par des gens qui s'isolent de la société et utilisent la religion contre les valeurs de la république française. Les propos qu'il a tenus à l'antenne d'Europe 1 en septembre 2019 ont également marqué les esprits. « Pour pouvoir accueillir tout le monde dignement, on ne doit pas être un pays trop attractif ». Au cours des deux dernières années, le nombre de demandes d'asile a augmenté de 20 %. Le premier pays d'origine de ces personnes est l'Afghanistan.

La préfecture de Paris rappelle ses bonnes intentions envers les demandeurs d'asile. « En général, l'État reste particulièrement vigilant et s'assure qu'une solution de logement soit proposée à tous les sans-abris. L'État fournit des logements pour 131 000 sans-abris chaque soir en Ile-de-France, incluant plus de 7 300 nouveaux lieux depuis le 16 mars », affirme la mairie de Paris.

« Ici, la distanciation sociale ne peut pas toujours être respectée »

Selon le gouvernement, la France a logé un total de 85 000 demandeurs d'asile. Beaucoup sont en appartement, d'autres dans des centres collectifs, incluant des gymnases. Certains vivent dans des lieux d'occupation temporaire. « Ici, la distanciation sociale ne peut pas toujours être respectée », observe Pierre Henry.

L'association France Terre d'asile gère 34 abris pour les réfugiés à travers la France. Pendant les maraudes dans le nord de Paris, des employés, autorisés à travailler en extérieur avec une attestation spéciale durant le confinement, ont pu rencontrer ces réfugiés qui demeuraient sans-abris. « La situation dans la rue est précaire. Donc beaucoup de mesures ont été prises depuis le premier jour du confinement », explique Pierre Henry, à la tête de France Terre d'asile. « Avant le 16 mars, plus de 2 500 personnes étaient à la rue. Aujourd'hui, il y en a encore une petite centaine ».

Dans la rue, les réfugiés vivent souvent dans des tentes. Pendant les expulsions dans les camps de fortune, la police n'y va pas de main morte. Véga Levaillant d'Utopia 56 raconte : « Les sans-abris nous rapportent que lors des "raids" dans les petits camps, la police détruit les tentes à coups de couteaux. Ils balancent les couvertures et les affaires personnelles à la poubelle ».

Au nord de Paris, il y a eu des conflits entre la police et les résidents durant le confinement. En particulier, en Seine-Saint-Denis, où les unités de soins intensifs sont surchargées et les équipements respiratoires peu nombreux. Est-ce qu'un réfugié malade du COVID-19, a accès aux soins médicaux ? La dernière réforme sur la migration rend plus difficile l'accès aux soins pour les réfugiés. Pendant les trois premiers mois de l'examen de la demande d'asile, le remboursement d'un simple examen médical est parfois rejeté, rapporte Utopia 56. Le premier ministre Edouard Philippe, a justifié la réduction des soins de santé en novembre en répondant aux « abus » du système de sécurité sociale.

Reprise lente des demandes d'asile

France Terre d'asile aide les demandeurs d'asile à remplir leur demande. Cependant, mi-mars, les autorités françaises ont suspendu la réouverture des demandes d'asile jusqu'à nouvel ordre : « C'est l'Offi (l'Office Française de l'Immigration et de l'Intégration) qui les prend en charge normalement. Mais depuis l'état d'urgence sanitaire, la priorité est de protéger les travailleurs, beaucoup d'entre eux sont absents. Par conséquent, l'enregistrement des demandes d'asile a été suspendu », explique Pierre Henry. Ce sont précisément les personnes qui n'ont pas introduit de demande qui ont des problèmes. Il précise : « Pour ceux qui ne sont pas enregistrés, bien sûr, personne ne refusera de les soigner en urgence. Mais ils n'ont pas accès aux contrôles médicaux, ce qui est la meilleur protection pour chacun ».

Avec le premier assouplissement des restrictions, les débats pour sortir de l'impasse économique reprennent en France. Pierre Henry appelle à ce que les demandeurs d'asile soient pris en compte : « Je souhaite que le gouvernement soit très pragmatique. Où l'économie a besoin d'aide, il faut accorder aux gens le droit de rester. Ils peuvent aider à relancer l'économie, sans aucune restriction ».   Le gouvernement français prévoit de doubler sa capacité de tests à environ 100 000 par jour en juin. Les réfugiés non-enregistrés dans des centres collectifs ne feront pas partie des personnes testées. C'est une des raisons pour lesquelles un groupe de députés français a appelé à ce qu'on garantisse à tous les réfugiés le droit de rester temporairement. Au moins durant la crise sanitaire. La proposition, qui vient majoritairement de la gauche, est calquée sur le modèle portugais. « Nous demandons de l'aide pour la santé et la finance. C'est une mesure de santé publique qui protège chacun, comme nos amis portugais l'ont fait ».

Le 22 avril, le juge administratif a ordonné aux préfectures et à l'Ofii « de reprendre l'enregistrement des demandes d'asile afin de mettre un terme à l'atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ».


Cover picture: Stalingrad, Paris. Credits : Franziska on Flickr

Translated from No Asylum Found